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Cépage noir · Beaujolais

Gamay

Gamay Noir à Jus Blanc (usage officiel, pour le distinguer du gamay teinturier) · Beaujolais (usage commercial courant (Suisse, Amérique du Nord)) · Petit Gamay (usage ancien, Bourgogne (France))

Profil aromatique

Arômes primaires

  • Fraise
  • Framboise
  • Cerise
  • Groseille
  • Violette
  • Pivoine
  • Poivre blanc

Arômes secondaires

  • Banane

Structure

Acidité3–4
Tanin1–3
Corps1–3
Alcool2–3

Identité

Le gamay est le cépage du fruit immédiat. Petites grappes, petites baies à peau fine, jus incolore malgré une pellicule sombre : il donne des rouges légers, peu tanniques, à la couleur souvent pâle et à l'acidité vive, taillés pour être bus jeunes plutôt que pour la garde — même si ses meilleurs terroirs granitiques démentent ce résumé un peu court.

Longtemps regardé de haut par la Bourgogne qui l'a vu naître, il a fait du Beaujolais, où on l'a relégué, l'un des vignobles les plus reconnaissables de France.

Histoire et origine

Le génotypage microsatellite a établi que le gamay partage exactement la filiation du chardonnay : un croisement entre le pinot et le gouais blanc, cépage aujourd'hui presque oublié. Bourgogne et gamay sont donc, génétiquement, de la même famille — ce qui rend d'autant plus savoureux l'épisode qui les sépare.

Le 31 juillet 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, signe une ordonnance qui interdit de planter le « très mauvais et très déloyal plant, nommé gamay » et en ordonne l'arrachage. Le texte juge son vin nuisible et reproche à ce plant très productif d'avoir fait délaisser les bons lieux de vigne. Le pinot, contrairement à ce qu'on lit souvent, n'y est pas nommé. Chassé de la Côte d'Or, le cépage trouve refuge sur les sols granitiques du Beaujolais, immédiatement au sud, où il prospère depuis six siècles sans plus jamais revenir en grâce dans le duché qui l'a vu naître.

À la vigne

Le gamay débourre à la même date que le chasselas et mûrit tôt, de première époque, environ une semaine et demie après lui — plus précoce que le pinot noir ou la syrah de ce corpus. Sa vigueur est faible, ce qui l'accorde bien aux sols pauvres et granitiques du Beaujolais plutôt qu'aux terres fertiles où il se dilue.

Il craint la pourriture grise, le phomopsis, les maladies du bois, les vers de la grappe et la flavescence dorée ; sa précocité l'expose aussi à la chaleur et à la sécheresse en fin de cycle. Sur granit, il donne le meilleur de lui-même ; sur argile ou calcaire trop généreux, il perd en typicité ce qu'il gagne en volume.

Dans le verre

Robe pâle, souvent grenat clair. Le nez s'ouvre sur la fraise, marqueur central du cépage, rejointe par la framboise, la cerise et la groseille ; un fond floral de violette et de pivoine accompagne les versions les plus fines. En macération semi-carbonique — la méthode reine du beaujolais nouveau —, une note de banane apparaît, caractéristique et immédiatement reconnaissable, aux côtés d'une pointe de poivre-blanc.

En bouche, l'acidité reste vive (3 à 4), le tanin modeste (1 à 3) et le corps léger à moyen (1 à 3) : même les crus les plus étoffés du Beaujolais ne rivalisent pas en puissance avec un bourgogne de pinot noir. L'alcool reste contenu, rarement au-delà de 13 degrés dans son registre classique.

Grands terroirs

Le Beaujolais, où il forme la quasi-totalité de l'encépagement, reste sa terre d'élection : dix crus reconnus, de Brouilly à Moulin-à-Vent, sur des sols granitiques qui donnent des vins de plus en plus structurés à mesure qu'on remonte vers le nord du vignoble. En Bourgogne proprement dite, où il fut banni, il subsiste discrètement dans l'assemblage du bourgogne passetoutgrain, aux côtés du pinot noir, et des coteaux bourguignons. Ailleurs en France, on le retrouve en Touraine, en Savoie, en Auvergne et en Ardèche, le plus souvent en cépage d'appoint.

Ce qu'on confond avec

Le pinot noir est le repère naturel : même berceau bourguignon, même précocité relative, mais un tanin plus discret pour le gamay, qui n'a ni la profondeur ni la complexité tertiaire du pinot vieilli.

Avec un beaujolais nouveau et sa note de banane, la confusion ne porte pas sur un autre cépage mais sur une méthode : la macération semi-carbonique, employée ailleurs (sur grenache ou carignan, par exemple) pour produire des vins de soif comparables — le fruit du gamay, lui, garde sa signature de fraise et de groseille propre au cépage.

Sources

  1. Ouvrage de référenceWine Grapes: A Complete Guide to 1,368 Vine Varieties, Including Their Origins and Flavours— Allen Lane / Ecco (HarperCollins)
  2. Ouvrage de référenceThe Oxford Companion to Wine— Oxford University Press
  3. Publication scientifiqueHistorical Genetics: The Parentage of Chardonnay, Gamay, and Other Wine Grapes of Northeastern France— Science
  4. Source officielleVIVC passport data — GAMAY NOIR (variety number 4377)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
  5. Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)
  6. InterprofessionVins de Bourgogne — site officiel du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne— Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne (BIVB)
  7. Source officielleCahier des charges des appellations d'origine contrôlées « Beaujolais » et « Beaujolais » suivie de la mention « Villages »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) / Ministère de l'agriculture
  8. Publication scientifiqueLe « très loyal pinot » : itinéraire d'un cépage mythique de la Bourgogne— Crescentis, Université de Bourgogne