Cépage noir · France
Grenache noir
Garnacha Tinta (Espagne, nom principal VIVC) · Cannonau (Sardaigne (Italie), nom officiel) · Tinto Aragonés (Aragon (Espagne)) · Lladoner (Roussillon (France), nom catalan)
Profil aromatique
Arômes primaires
- Fraise
- Framboise
- Kirsch
- Poivre blanc
- Garrigue
Arômes secondaires
- Réglisse
- Pruneau
- Figue sèche
Arômes tertiaires
- Sous-bois
- Cuir
Structure
Identité
Le grenache noir est le grand cépage du Midi : deuxième cépage rouge le plus planté de France, il domine le Rhône méridional, le Languedoc-Roussillon et une bonne partie de la Provence. C'est un cépage de soleil, taillé pour la chaleur — presque l'inverse du pinot noir dans son cahier des charges physiologique : peau fine, charge en anthocyanes modeste, acidité parmi les plus basses de tous les cépages rouges, mais un degré alcoolique qui compte parmi les plus élevés.
Vinifié seul, il donne des rouges amples et chauds, peu colorés, ainsi que des rosés puissants et des vins doux naturels. Mais c'est surtout en assemblage, aux côtés de la syrah et du mourvèdre qui lui apportent couleur et charpente, qu'il exprime le mieux ce qu'il sait faire : du degré, de la rondeur et un fruit confit inimitable.
Histoire et origine
Le nom international de référence du grenache, Garnacha Tinta, en dit l'origine : le cépage vient d'Espagne, très probablement d'Aragon, et serait entré en France au Moyen Âge par le Roussillon, alors terre de la couronne d'Aragon. Sa diffusion ultérieure dans tout le bassin méditerranéen — Sardaigne (où on l'appelle cannonau, nom officiel de l'appellation locale), Italie continentale, sud de la France — en a fait l'un des cépages les plus largement plantés au monde.
Sa filiation reste toutefois une énigme non résolue : le VIVC ne lui attribue aucun parent confirmé par marqueurs génétiques. Comme pour le pinot noir et le cabernet franc dans ce corpus, cette fiche s'abstient donc d'inventer une généalogie que la science n'a pas établie.
À la vigne
Le grenache débourre à mi-saison, cinq jours après le chasselas — un rythme identique à celui du cabernet franc —, mais c'est à la maturité qu'il se distingue nettement : quatre semaines après le chasselas, en fin de cycle, ce qui en fait le cépage le plus tardif de ce corpus à ce jour. Cette précocité de débourrement combinée à une maturité tardive impose de longs étés chauds pour amener le raisin à bon terme.
Sa vigueur est forte, ce qui, combiné à sa sensibilité marquée au mildiou et à la pourriture grise, exige une conduite rigoureuse. Il montre aussi, selon les millésimes, une sensibilité à la coulure au moment de la floraison. Sa peau fine et sa faible charge en anthocyanes le rendent enfin sujet à l'oxydation, en cuve comme en bouteille — un trait que les vignerons du Roussillon ont historiquement transformé en style, avec les vins doux naturels vieillis sous voile ou en milieu oxydatif.
Il préfère les sols pauvres, secs et caillouteux — galets roulés, schistes, sables — où sa vigueur naturelle se trouve contenue et où la chaleur emmagasinée le jour se restitue la nuit, favorisant une maturité complète.
Dans le verre
Robe claire pour un rouge, presque translucide sur les bords dès quelques années. Au nez, la fraise et la framboise ouvrent le bal, vite rejointes par le kirsch — entre cerise et eau-de-vie de fruit, un marqueur du grenache mûr plus net que sur les autres cépages rouges du Rhône méridional. Une note poivrée l'accompagne : le poivre blanc, à ne pas confondre avec le poivre noir de la syrah — une épice plus douce, moins piquante. La garrigue — thym, romarin, ciste — est le registre méridional par excellence, explicitement cité par le cahier des charges de l'AOC Gigondas pour décrire ce cépage.
Sur les millésimes chauds et les faibles rendements, le fruit vire au pruneau et à la figue sèche, jusqu'à la surmaturité si la vendange tarde. Une pointe de réglisse referme le tableau.
En bouche, l'acidité est la plus basse de ce corpus — 1 à 2 — et les tanins, souples et peu nombreux, ne dépassent guère 2 : le grenache n'a ni l'un ni l'autre pour épine dorsale, mais un corps ample (3 à 5) et un alcool élevé (4 à 5), qui portent le vin à eux seuls. Avec l'âge, le sous-bois et le cuir s'installent, et une note oxydative ménagée, loin d'être un défaut, devient la signature des grands vins de vieilles vignes du Midi.
Grands terroirs
Le grenache est le cépage pivot du Rhône méridional — une région qui n'a pas encore de fiche propre dans ce corpus, mais dont le rôle est ici documenté par ses cahiers des charges. À Châteauneuf-du-Pape, il figure parmi les dix-huit variétés autorisées (un chiffre qui compte séparément chaque couleur du grenache, de la clairette et du picpoul — d'où l'écart avec les « treize cépages » traditionnellement cités), sur les fameux galets roulés qui restituent la chaleur la nuit. À Gigondas, le cahier des charges parle explicitement d'« expressions particulières du grenache d'altitude, associé à la syrah et au mourvèdre », sur les calcaires des Dentelles de Montmirail.
Dans le Languedoc-Roussillon, il est le cépage des vins doux naturels de Banyuls et de Maury, vieillis en foudre ou en bonbonne sous le soleil, ainsi que d'une grande partie des rouges de pays.
Hors de France, l'Espagne (Priorat, Rioja sous le nom de garnacha), la Sardaigne (cannonau) et l'Australie (McLaren Vale, Barossa) en donnent des versions puissantes, souvent de très vieilles vignes.
Ce qu'on confond avec
La syrah, avec laquelle il est presque systématiquement assemblé, se distingue par une couleur bien plus dense, une acidité plus haute et surtout le poivre noir, plus piquant que le poivre blanc du grenache.
Le mourvèdre, troisième pilier des assemblages méridionaux, est plus sombre, plus tannique et plus réducteur ; le grenache, à l'inverse, est le cépage de la rondeur et du fruit, jamais de la fermeté.
Le pinot noir, sur une robe également claire, peut abuser au premier regard : mais son acidité est bien plus vive, son alcool plus mesuré, et il n'a ni le poivre blanc ni la garrigue du grenache.
Sources
- Ouvrage de référenceThe Oxford Companion to Wine— Oxford University Press
- Ouvrage de référenceWine Grapes: A Complete Guide to 1,368 Vine Varieties, Including Their Origins and Flavours— Allen Lane / Ecco (HarperCollins)
- Source officielleVIVC passport data — GARNACHA TINTA (variety number 4461)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Corbières » (rouge)— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- InterprofessionVignobles de la Vallée du Rhône — site officiel d'Inter Rhône— Inter Rhône — Interprofession des vins AOC Côtes du Rhône et Vallée du Rhône
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Châteauneuf-du-Pape » (rouge)— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Minervois » (rouge)— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Gigondas » (rouge)— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- Ouvrage de référenceWSET Level 3 Systematic Approach to Tasting Wine (SAT)— Wine & Spirit Education Trust
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Banyuls »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)