Cépage blanc · Jurançon
Gros manseng
Ichiriota Zuria Handia (Pays basque)
Profil aromatique
Arômes primaires
- Pamplemousse
- Ananas
- Citron vert
Structure
Identité
Le gros manseng est le cépage qui a fait du Jurançon une appellation de vin sec. C'est une inversion récente et complète : l'appellation s'est construite sur le moelleux, et c'est aujourd'hui le sec qui la porte — avec, dans le verre, un cépage que peu de gens savent nommer.
Il partage tout avec le petit manseng — l'aire, l'acidité, la peau épaisse, le droit aux vendanges tardives — sauf la taille de la baie. Et cette différence de taille suffit à séparer deux métiers.
Histoire et origine
Cépage du vignoble pyrénéen, il est resté longtemps confidentiel : 51 hectares en 1958, 59 en 1968. Puis la courbe décolle — 584 hectares en 1979, 1 051 en 1988, 2 834 en 2008, 3 818 en 2018. Il occupe aujourd'hui plus du double des surfaces du petit manseng, et cette progression est l'une des plus fortes du Sud-Ouest.
Sur sa filiation, il faut dire qu'on ne sait pas. Le VIVC signale une relation parent-descendant sans identifier les parents, et ne donne aucune filiation confirmée par marqueurs. C'est une différence réelle avec le petit manseng, dont le savagnin blanc est un parent établi : malgré le nom qu'ils partagent, les deux mansengs ne sont pas documentés au même degré, et rien dans les bases consultées n'établit qu'ils soient parents l'un de l'autre.
À la vigne
Il débourre à la même date que le chasselas et mûrit en troisième époque, quatre semaines après lui. Pl@ntGrape lui donne « une bonne vigueur et une fertilité satisfaisante » — deux choses distinctes qu'il ne faut pas confondre, la fertilité disant le nombre de grappes et la vigueur la pousse du bois. Il est généralement conduit en taille longue, mais peut aussi être taillé court.
Il est sensible à l'oïdium. Sa résistance à la pourriture grise est bonne, et c'est ce qui compte ici : « les raisins se conservent bien sur souche en vue de l'obtention de vins moelleux ». Comme le petit manseng, il peut donc attendre sur la vigne que le foehn d'automne le dessèche, sans pourrir.
Dans le verre
Trois descripteurs ici, là où le gabarit en demande huit. Pl@ntGrape n'en donne aucun : il s'en tient à « un bon potentiel d'accumulation de sucre tout en conservant une forte acidité » et à « des vins secs ou moelleux d'un haut niveau qualitatif ». Les trois retenus sont des lectures de l'usage, pas un profil mesuré, et la fiche le dit plutôt que de compléter.
Le trait qui se mesure, c'est l'acidité, et elle reste haute même quand le sucre monte. C'est ce qui permet au gros manseng les deux registres : un sec tendu et vif, et un moelleux qui ne s'alourdit pas.
Le cahier des charges du Jurançon décrit d'ailleurs ce double équilibre : « L'acidité élevée soutient également les vins secs et leur confère une grande vivacité, bien équilibrée par beaucoup de gras. Certains vins secs possèdent un potentiel de vieillissement de quelques années, tout en conservant de la fraîcheur. » Quelques années — le texte est précis, et il ne promet pas davantage.
Grands terroirs
Le Jurançon, où il est cépage principal aux côtés du petit manseng, et où il porte l'essentiel des vins secs. Il a droit, comme lui et à l'exclusion de tous les autres, à la mention « vendanges tardives ».
C'est dans les seuils de sucre que la hiérarchie se lit. Le cahier des charges exige une richesse minimale de 247 grammes par litre du petit manseng, et de 230 des « autres cépages » — dont le gros manseng. Vingt-sept grammes d'écart : l'appellation reconnaît que le petit concentre mieux, et demande donc moins au gros. Pour les vendanges tardives, les deux sont logés à la même enseigne, 281 g/L et 17 % de titre alcoométrique naturel minimum.
Ce qu'on confond avec
Le petit manseng, et la confusion est le sujet même de cette fiche. Le nom partagé suggère deux formats d'une même variété ; ce sont deux cépages distincts, documentés inégalement. La baie du gros est plus grosse, donc moins concentrante ; c'est le petit qui va chercher les grands moelleux, et le gros qui fait les secs. En dégustation, le gros manseng sec est plus direct, plus tendu sur les agrumes ; le petit manseng moelleux est plus dense, plus long, plus gras.
Le sauvignon blanc est le rapprochement que font spontanément beaucoup de dégustateurs sur un Jurançon sec : même vivacité, même registre d'agrumes. Le sauvignon est plus végétal et plus démonstratif ; le gros manseng est plus gras en milieu de bouche, et n'a pas ses notes de bourgeon de cassis.
Sources
- Source officielleVIVC passport data — MANSENG GROS BLANC (variety number 7338)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
- Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Jurançon »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) / Ministère de l'agriculture