Cépage blanc · Gaillac
Len de l'el
Loin de l'Œil (France (second nom officiel pour le matériel de multiplication))
Profil aromatique
Arômes primaires
- Poire
- Aubépine
Structure
Identité
Le len de l'el a failli disparaître de cette encyclopédie à cause d'une apostrophe.
Le cahier des charges de Gaillac énumère les cépages principaux de ses blancs. À l'extraction, la liste s'arrêtait net sur « - cépages principaux : l ». La coupure tombait exactement sur l'apostrophe de son nom, et chercher « len de l'El » dans le document ne renvoyait rien. Une première tâche en a conclu qu'aucune source ne le nommait et l'a omis de l'encépagement de Gaillac — un cépage principal, absent de sa propre appellation, parce qu'un outil avait buté sur un signe de ponctuation.
Il est lu aujourd'hui. La liste sort entière : len de l'el B, mauzac B, mauzac rose Rs, muscadelle B.
Histoire et origine
Cépage du Gaillacois, où il est resté. Son nom vient de l'occitan lenh de l'uèlh, « loin de l'œil », et il décrit une particularité de la plante : la première inflorescence se tient haut sur le rameau, au sixième nœud en moyenne, donc loin du bourgeon de base. C'est un nom de vigneron, qui dit ce qu'on voit en taillant.
La forme « Loin de l'Œil » est le second nom officiel retenu en France pour le matériel de multiplication.
À la vigne
Il débourre tôt, trois jours après le chasselas, et mûrit en deuxième époque, deux semaines et demie après lui. Pl@ntGrape le dit « assez vigoureux et productif » — un mot de vigueur explicite, ce qui est moins courant qu'on ne croit sur ces fiches, où la productivité est souvent donnée seule.
Ses entre-nœuds sont longs, et cette première inflorescence haute qui lui vaut son nom a une conséquence pratique : une taille courte lui retirerait ses grappes. Il est sensible à la pourriture grise et aux acariens.
Dans le verre
Deux descripteurs ici, et il faut dire ce qu'ils valent. Pl@ntGrape n'en donne aucun : il écrit « des vins secs, fins, parfumés mais peu acides ». La poire et l'aubépine sont des lectures de ce « fin, parfumé » joint à une acidité basse, pas des citations.
Ce qui est écrit dans la source, en revanche, c'est le défaut : peu d'acide. C'est la donnée structurante du cépage, et elle explique tout son usage. En sec, on l'assemble avec le mauzac, qui en apporte — les deux cépages gaillacois se complètent exactement là où chacun manque.
Et en surmaturité, ce défaut cesse d'en être un. « En surmaturité, le Len de l'El peut permettre d'obtenir des vins liquoreux concentrés. » Le sucre prend la place que l'acide ne tient pas.
Grands terroirs
Gaillac, et à peu près rien d'autre. Il y est cépage principal des blancs tranquilles et des mousseux blancs.
Mais c'est en vendanges tardives que le texte lui donne son vrai rang. Pour cette mention, les cépages principaux sont le len de l'el B et l'ondenc B ; le mauzac et la muscadelle y redescendent au rang d'accessoires. La hiérarchie des blancs secs s'inverse : le cépage qu'on assemble pour compenser son acidité devient, dès qu'on cherche le sucre, celui qu'on met devant.
Ce qu'on confond avec
Le mauzac, son voisin de parcelle et de bouteille, avec qui il forme la paire classique des blancs gaillacois. Le mauzac donne la pomme et une acidité qui chute ; le len de l'el donne la finesse et une acidité basse dès le départ. Ils ne se ressemblent pas, ils se complètent — et l'appellation les hiérarchise différemment selon le style, ce qui est la meilleure preuve qu'elle les distingue bien.
Le chenin et le petit manseng partagent avec lui le registre du blanc liquoreux non botrytisé. Le petit manseng garde une acidité extrême sous le sucre, le chenin aussi ; le len de l'el, non. Son liquoreux est plus rond, moins tendu, et se boit plus tôt.
Sources
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine protégée « Gaillac »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) / Ministère de l'agriculture
- Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)