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Oenopia

Cépage blanc · Jurançon

Petit manseng

Profil aromatique

Arômes secondaires

  • Coing

Arômes tertiaires

  • Abricot sec
  • Miel

Structure

Acidité4–5
Taninnon établi
Corpsnon établi
Alcoolnon établi

Identité

Le petit manseng fait des vins liquoreux sans pourriture noble. C'est sa singularité, et elle suffit à le distinguer de presque tous les grands cépages à sucre du monde.

Là où Sauternes, les Coteaux du Layon ou le Tokaj comptent sur le Botrytis cinerea pour concentrer le jus, le Jurançon compte sur le vent. Le petit manseng a la peau épaisse, résiste très bien à la pourriture grise, et reste accroché à sa souche jusqu'en novembre pendant que le foehn le dessèche. Le raisin se raisine sur pied — c'est le passerillage — et la concentration se fait sans qu'aucun champignon n'intervienne.

Histoire et origine

Cépage du vignoble pyrénéen, il n'a longtemps eu qu'une filiation à moitié connue, et elle l'est toujours. Le VIVC en donne un parent confirmé par marqueurs, le savagnin blanc ; le second reste inconnu. C'est exactement la forme d'incertitude que portent, dans ce corpus, le chenin blanc et le riesling — et le savagnin s'y retrouve à chaque fois, en amont d'un grand cépage blanc à haute acidité.

Sa trajectoire récente est spectaculaire pour un cépage longtemps confidentiel : 32 hectares en 1958, 520 en 1998, 1 445 en 2018. Il a été redécouvert en même temps que le Jurançon.

À la vigne

Il débourre deux jours après le chasselas et mûrit en troisième époque, quatre semaines et demie après lui — une maturité tardive qui est ici un atout et non un risque, puisque toute la logique de l'appellation consiste à laisser le raisin sur la vigne bien après la maturité technique.

Pl@ntGrape le décrit comme « un cépage vigoureux qui doit être taillé long et palissé », et « très résistant à la pourriture grise ». Ses grappes et ses baies sont très petites, ce qui augmente mécaniquement le rapport entre la peau et le jus. Le cahier des charges du Jurançon expose la chaîne causale sans détour : les cépages locaux « présentent ainsi une bonne résistance à la pourriture grise et une forte aptitude à la surmaturité », que « le vent du Sud de type "foehn" qui souffle en automne et qui amène chaleur et air sec » favorise grandement.

Dans le verre

Une mise en garde d'abord : cette fiche ne porte que trois descripteurs là où le gabarit du corpus en demande huit. Pl@ntGrape n'en donne aucun — il s'en tient à « des vins liquoreux très aromatiques et de grande qualité » — et le cahier des charges ne décrit pas les vins arôme par arôme. Les trois retenus sont des lectures assumées du mode d'élaboration, pas un profil mesuré.

Ce qui est mesuré, en revanche, c'est le sucre, et le chiffre est remarquable. Le cahier des charges fixe des richesses minimales en sucre, et il exige du petit manseng plus que des autres : 247 grammes par litre de moût, contre 230 pour les autres cépages de l'appellation, pour un titre alcoométrique volumique naturel minimum de 14 %. La mention « vendanges tardives » monte à 281 g/L et 17 %, et n'est ouverte qu'au petit manseng et au gros manseng.

Une appellation qui demande davantage à son meilleur cépage qu'aux autres : c'est la reconnaissance réglementaire de ce qu'il sait faire.

Sous ce sucre, l'acidité reste très élevée. C'est tout l'équilibre du Jurançon moelleux, qui ne tombe jamais dans le sirop.

Grands terroirs

Le Jurançon, essentiellement, sur les fortes pentes et les cirques du piémont béarnais. Le cahier des charges décrit des « topoclimats très favorables à la maturité et à la surmaturité des raisins : ensoleillement, chaleur, faible hygrométrie, évacuation des eaux pluviales par ruissellement », sur des sols à dominante argileuse.

Le travail y est exigeant, et il est écrit dans le texte : récolte manuelle, par tries successives, à partir du 2 novembre pour les vendanges tardives, et passerillage hors souche interdit sauf au cœur de la parcelle — autrement dit, on ne sèche pas le raisin ailleurs que sur la vigne.

Ce qu'on confond avec

Le gros manseng, évidemment, avec qui il partage l'appellation et la mention « vendanges tardives ». Le gros a les baies plus grosses et porte l'essentiel des Jurançon secs ; le petit, avec ses très petites baies, va plus loin en sucre et fait les moelleux les plus concentrés. Le cahier des charges tranche à sa manière : 247 g/L exigés du petit, 230 des autres.

Avec le sémillon de Sauternes, la confusion porte sur le résultat, pas sur le moyen : les deux font de grands liquoreux, mais le sémillon passe par la pourriture noble et en garde la cire et le safran, là où le petit manseng passerillé reste sur le fruit séché et une acidité plus tranchante.

Sources

  1. Source officielleVIVC passport data — MANSENG PETIT BLANC (variety number 7339)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
  2. Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)
  3. Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Jurançon »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) / Ministère de l'agriculture