Région viticole
Alsace
Vignoble rhénan étiré sur 120 kilomètres au pied des Vosges, entre Marlenheim et Thann, l'Alsace tient sa spécificité d'un massif qui l'abrite des pluies océaniques — un effet de foehn qui fait de Colmar l'une des villes les plus sèches de France — et d'une mosaïque géologique héritée de l'effondrement du fossé rhénan. Elle est aussi la grande exception française en matière d'étiquette : ses vins, dans leur immense majorité, portent le nom du cépage plutôt que celui d'un lieu, sur sept variétés principales dont les 51 Grands Crus représentent l'expression la plus aboutie.
Contours : INAO, Délimitation parcellaire des AOC viticoles (édition de septembre 2026) · Licence Ouverte
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Grands crus
- Alsace Grand Cru
« Alsace grand cru » n'est pas une seule appellation mais cinquante et une, chacune une AOC à part entière portant le nom d'un lieu-dit précis, d'Altenberg de Bergheim à Zotzenberg, reconnues par vagues successives entre 1975 et 2007. La grande majorité n'admet qu'un seul cépage par vin (seuls les muscats peuvent s'y assembler entre eux), parmi le gewurztraminer, le muscat, le pinot gris et le riesling, sous des conditions de production plus restrictives que l'appellation « Alsace ».
Régional
- Alsace
L'appellation d'origine contrôlée « Alsace » ou « Vin d'Alsace » couvre 119 communes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et se distingue par un étiquetage varétal : le nom du vin est, dans l'immense majorité des cas, celui d'un des sept cépages autorisés plutôt que celui d'un lieu. Les vins blancs tranquilles dominent très largement la production, complétés de rouges et de rosés issus du seul pinot noir, et peuvent porter les mentions « vendanges tardives » ou « sélection de grains nobles » lorsque les raisins, vendangés manuellement, atteignent une surmaturité définie par des seuils précis de richesse en sucre.
- Crémant d'Alsace
L'appellation des vins mousseux d'Alsace, blancs ou rosés, reconnue en 1976 sur le piémont oriental des Vosges. Les vins sont exclusivement élaborés par seconde fermentation en bouteille, à partir de raisins récoltés à la main ; ils restent au moins neuf mois sur lies et ne sont mis en marché qu'au moins douze mois après le tirage. Six cépages sont autorisés pour le blanc, le seul pinot noir pour le rosé, et la grande majorité des vins se vend en « brut ».
La région
Le vignoble alsacien s'étire sur 120 kilomètres, souvent sur moins d'un kilomètre de large, le long de la face est du piémont des Vosges : d'une petite enclave près de Cleebourg au nord, puis de Marlenheim à hauteur de Strasbourg, jusqu'à Thann à hauteur de Mulhouse au sud. Cent dix-neuf communes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin en relèvent, sur des collines sous-vosgiennes entrecoupées de vallées profondes, à une altitude qui se situe le plus souvent entre 200 et 400 mètres.
Le massif des Vosges est la clé de tout : il fait écran aux perturbations océaniques venues de l'ouest, et cet effet d'abri est encore amplifié, en automne surtout, par un effet de foehn qui assèche l'air en redescendant sur le versant alsacien. Le résultat est un climat semi-continental marqué, aux hivers froids — 1,9 °C de moyenne en janvier — et aux étés chauds et secs, au-delà de 20 °C de moyenne en juillet, avec une alternance de journées chaudes et de nuits fraîches pendant la maturation qui profite à l'aromatique du raisin. Colmar, à l'abri du massif, cumule 1800 heures de soleil par an et ne reçoit que 500 à 650 millimètres de pluie sur l'ensemble du vignoble, quand les sommets vosgiens tout proches en reçoivent environ 2000 — un contraste qui fait de la ville l'une des plus sèches de France.
Le sous-sol est un désordre organisé. L'effondrement du fossé rhénan, orienté nord-sud, a créé un réseau dense de failles géologiques qui découpe le pays en une mosaïque de petits compartiments aux situations géo-pédologiques très variées. Le vignoble occupe précisément la zone de rupture entre la plaine sédimentaire rhénane et le massif cristallin vosgien, là où l'érosion a remanié des couches accumulées sur plusieurs périodes géologiques : des sols bruns peu profonds sur schiste, granite ou grès du socle vosgien, acides et filtrants ; des sols colluviaux de cônes de déjection et des sols alluviaux sablo-graveleux en bordure de plaine ; et des sols bruns calcaires ou de type rendzine sur les collines sous-vosgiennes, mêlés à des conglomérats et des marnes interstratifiés au bon régime hydrique. Cette diversité, rare sur un vignoble aussi étroit, explique à elle seule la vocation de l'Alsace à distinguer ses lieux-dits.
Le vignoble
L'Alsace est la grande exception française : à l'inverse de la quasi-totalité des appellations du pays, bâties sur la géographie, elle étiquette ses vins par cépage. Sept variétés se partagent l'essentiel de l'encépagement : le riesling, le gewurztraminer, le pinot gris, le muscat — à petits grains ou ottonel —, le sylvaner, le pinot blanc (souvent complanté avec l'auxerrois) et le pinot noir, seul cépage autorisé pour les vins rouges et rosés. Le chasselas subsiste en appoint. Cette identité variétale n'est pas un hasard commercial : le cahier des charges de l'appellation « Alsace » ou « Vin d'Alsace » y voit l'héritage d'une viticulture qui a, au fil des siècles, cultivé des cépages aromatiques pour se forger une identité propre, tour à tour vignoble méridional de l'Empire allemand puis vignoble septentrional de la République française.
L'appellation elle-même a une histoire administrative précise. Un comité d'experts des vins d'Alsace est créé par l'ordonnance du 2 novembre 1945, et l'AOC « Alsace » est reconnue en 1962. La viticulture régionale est gérée depuis 1912 par l'Association des Viticulteurs d'Alsace. La bouteille traditionnelle, la flûte de type « vin du Rhin » décrite dans un décret de 1955 et réservée à un nombre restreint de vignobles par un décret de 1959, reste la norme ; et depuis la loi du 5 juillet 1972, votée après une manifestation de 4000 viticulteurs à Colmar, la mise en bouteille dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin est obligatoire pour tout vin d'appellation — une garantie contre l'affadissement que le transport en vrac faisait courir à des vins précisément vendus sur leur caractère aromatique.
Le vignoble compte aujourd'hui environ 15 000 hectares en production, répartis entre quelque 5 000 exploitations de taille très diverse, structurées en trois familles professionnelles : vignerons indépendants, caves coopératives et maisons de négoce. Au-delà du nom de cépage, le nom de l'appellation peut être suivi d'une dénomination géographique complémentaire — Bergheim, Ottrott ou Wolxheim parmi d'autres — ou du nom d'un lieu-dit, quand le vin répond à des conditions de production plus strictes propres à ce nom : rendements plus bas, densité de plantation plus élevée, taille plus courte. C'est cette diversité de situations pédoclimatiques qui a poussé les producteurs, plutôt que de simplifier leur encépagement, à cultiver une large palette de cépages aromatiques, chacun trouvant sur ces collines la situation qui lui convient le mieux.
Les styles
Le cahier des charges distingue six types de vins. Les vins secs et minéraux, à l'acidité tendue et mûre, sont généralement associés au chasselas, au sylvaner, au pinot blanc (ou klevner), à l'auxerrois, au riesling et aux deux muscats. Les vins plus fruités, plus souples, aux extraits secs plus marqués, sont généralement associés au gewurztraminer et au pinot gris — étant entendu que ces associations restent des tendances, chaque cépage pouvant, sur un terroir particulier, s'exprimer dans l'un ou l'autre registre. L'assemblage de plusieurs de ces cépages, blanc, se vend sous la dénomination « Edelzwicker », héritière du zwicker médiéval, vin de plusieurs cépages complantés que la crise phylloxérique a fait disparaître comme pratique de plantation avant que le nom ne survive comme dénomination d'assemblage.
Viennent ensuite les vins bénéficiant des mentions « vendanges tardives » et « sélection de grains nobles », réservées à cinq cépages seulement : gewurztraminer, muscat à petits grains, muscat ottonel, pinot gris et riesling. Ces mentions traduisent un usage germanique vieux de plus de deux siècles, codifié en 1984 à la demande des producteurs eux-mêmes. Les raisins, récoltés manuellement et souvent surmûris, doivent atteindre une richesse en sucre nettement supérieure au minimum ordinaire — pour le gewurztraminer et le pinot gris, 270 grammes de sucre par litre de moût (soit 16 % d'alcool en puissance) en vendanges tardives, 306 grammes (18,2 %) en sélection de grains nobles ; pour le muscat et le riesling, 244 grammes (14,5 %) puis 276 grammes (16,4 %). L'élevage minimum est de dix-huit mois. Le rendement, déjà bas pour l'appellation de base (80 hectolitres par hectare pour un blanc, 60 pour un rouge), tombe à 55 hectolitres en vendanges tardives et à 40 en sélection de grains nobles.
Enfin, le pinot noir donne, seul, des vins rouges ambitieux et des vins rouges ou rosés plus légers, vendus sous ce nom ou sous les appellations locales de « clairet » ou « Schillerwein ».
Lire une étiquette
Sur une bouteille d'Alsace, le nom qui suit « Alsace » ou « Vin d'Alsace » est presque toujours celui d'un cépage — c'est la clé de lecture qui distingue la région de toutes les autres appellations françaises. Une dénomination géographique complémentaire ou un nom de lieu-dit, quand ils apparaissent, signalent une origine plus précise et des conditions de production plus strictes. Les mentions « vendanges tardives » et « sélection de grains nobles », toujours suivies du nom d'un des cinq cépages autorisés, indiquent des vins surmûris, à la richesse en sucre garantie par le cahier des charges et portant obligatoirement le millésime.
L'appellation distincte « Alsace grand cru » couvre 51 dénominations, chacune une AOC à part entière portant le nom d'un lieu-dit précis — d'Altenberg de Bergheim à Zotzenberg —, reconnues par vagues successives depuis 1975 jusqu'en 2007. La très grande majorité n'admet qu'un seul cépage parmi le gewurztraminer, le muscat, le pinot gris et le riesling ; deux d'entre elles, Altenberg de Bergheim et Kaefferkopf, autorisent un assemblage de plusieurs de ces cépages selon des proportions fixées avec précision, et une seule, Zotzenberg, admet le sylvaner aux côtés des autres. La densité de plantation, la conduite du vignoble et les rendements y sont plus stricts que pour l'appellation de base.
Sources
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Alsace » ou « Vin d'Alsace »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- Ouvrage de référenceThe Oxford Companion to Wine— Oxford University Press
- InterprofessionVins d'Alsace — site officiel du Conseil Interprofessionnel des Vins d'Alsace— Conseil Interprofessionnel des Vins d'Alsace (CIVA)