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Région viticole

Savoie

Un vignoble alpin dispersé en poches plutôt qu'en bande continue, sur les éboulis et les moraines calcaires laissés par le retrait des glaciers, du sud de Thonon-les-Bains jusqu'à l'ouest d'Albertville. Trois appellations structurent l'essentiel de la production — l'appellation régionale Vin de Savoie et ses seize dénominations géographiques complémentaires, la Roussette de Savoie réservée au seul cépage altesse, et Seyssel, la plus ancienne des trois — sur un encépagement quasiment introuvable ailleurs : jacquère, altesse, mondeuse blanche et mondeuse noire, gringet, aux côtés du chardonnay et du pinot noir empruntés à la Bourgogne voisine.

Contours : INAO, Délimitation parcellaire des AOC viticoles (édition de septembre 2026) · Licence Ouverte

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  • Roussette de Savoie

    Une appellation monocépage, réservée aux seuls vins blancs tranquilles issus de l'altesse B — que l'usage local appelle « roussette », en référence à la teinte rousse que prennent ses baies à maturité, et qui a fini par donner son propre nom à l'appellation. Appellation d'origine contrôlée depuis le décret du 4 septembre 1973, son nom peut être suivi de l'une de quatre dénominations géographiques complémentaires : Frangy, Marestel, Monterminod et Monthoux.

  • Seyssel

    Une appellation reconnue dès le décret du 11 février 1942, sur des vignes de part et d'autre du Rhône mentionnées dès 1145. Le vin tranquille, blanc, est issu du seul cépage altesse B, ou du seul cépage molette B sous l'indication « molette » ; les vins mousseux assemblent la molette et l'altesse, avec éventuellement du chasselas B. Les deux communes de Seyssel, l'une dans l'Ain et l'autre en Haute-Savoie, séparées par le fleuve, étaient dites « Seyssel France » et « Seyssel Savoie » avant le rattachement de la Savoie à la France en 1860.

  • Vin de Savoie

    L'appellation régionale du vignoble savoyard, reconnue par le décret du 4 septembre 1973, qui couvre les vins tranquilles blancs, rouges et rosés ainsi que les mousseux de qualité rosés et, sous la mention « Crémant », les mousseux blancs. Le nom peut être suivi de seize dénominations géographiques complémentaires — d'Abymes à Saint-Jeoire-Prieuré —, chacune avec son propre encépagement, sur un fond commun de jacquère B, altesse B, mondeuse blanche B et mondeuse N en tête, aux côtés du chardonnay B et du pinot N.

Un vignoble en pointillé, pas en ruban

Contrairement à la Bourgogne ou au Val de Loire, dont les vignobles se déploient en bande continue, la Savoie viticole se présente comme une mosaïque de poches disjointes, accrochées aux premiers contreforts du massif alpin. Le vignoble s'étire, selon la fiche produit de l'INAO, « en arc de cercle sur les contreforts du massif alpin, de Thonon-les-Bains, au nord, jusqu'à l'ouest d'Albertville au sud », sur cinquante-trois communes de Savoie et de Haute-Savoie, plus deux communes de l'Ain et une de l'Isère. Entre ces poches, la vigne cède la place à d'autres cultures, aux lacs — Léman, Bourget, Annecy — et surtout à la montagne elle-même, qui referme le paysage à chaque détour de route. Cette discontinuité n'est pas un hasard géographique : c'est la conséquence directe d'une histoire glaciaire qui a façonné, parcelle par parcelle, les seuls emplacements où la vigne trouve un sol qui lui convient.

Des éboulis et des moraines, pas un terroir uniforme

Le sujet du vignoble savoyard n'est donc pas d'abord un cépage, mais un type de sol : les éboulis calcaires et les moraines laissés par le retrait des glaciers alpins, il y a environ vingt mille ans. L'exemple le plus spectaculaire est aussi le plus récent à l'échelle géologique : l'effondrement d'un pan du Mont Granier, en 1248, a répandu des boues et des rochers calcaires sur une trentaine de kilomètres carrés à son pied, au-dessus de la cluse de Chambéry — et c'est précisément sur ces débris que poussent aujourd'hui les vignes d'Abymes et d'Apremont, deux des dénominations géographiques les plus réputées de l'appellation Vin de Savoie. Ailleurs, à Marestel, sur les hauteurs de Jongieux, ou à Frangy, ce sont des sols argilo-calcaires similaires, sur des pentes bien exposées, qui portent le cépage altesse. La logique est constante d'un site à l'autre : un sol pauvre, drainant, hérité des glaciers, sur une pente qui capte au mieux un ensoleillement alpin par ailleurs limité par l'altitude et le relief environnant.

Un encépagement qui n'existe presque nulle part ailleurs

Cette géographie contrainte a produit, au fil des siècles, un encépagement d'une singularité rare en France : la jacquère, cépage blanc le plus planté de la région, probablement descendant du gouais blanc selon les analyses génétiques publiées ; l'altesse, dite « roussette » localement, qui a fini par donner son nom à l'appellation Roussette de Savoie où elle règne seule ; la mondeuse noire, dont le VIVC confirme la filiation avec la mondeuse blanche et le tressot, et qui se révèle être, par sa mère mondeuse blanche, la demi-sœur généalogique de la syrah rhodanienne. À ces cépages authentiquement savoyards s'ajoutent, de façon plus discrète, le chardonnay et le pinot noir — des emprunts bourguignons qui rappellent que la Savoie, sans être bourguignonne ni par le relief ni par le style, partage avec sa voisine deux cépages cultivés ici sur d'autres sols et sous un autre climat.

Trois appellations, une même logique de fragmentation

Trois appellations d'origine contrôlée se partagent l'essentiel de la production savoyarde, chacune reflétant à sa manière cette logique de dispersion. Vin de Savoie, l'appellation régionale la plus étendue, appellation d'origine contrôlée depuis le décret du 4 septembre 1973, peut voir son nom complété par pas moins de seize dénominations géographiques différentes — Abymes, Apremont, Arbin, Ayze, Chautagne, Chignin, Chignin-Bergeron, Crépy, Cruet, Jongieux, Marignan, Marin, Montmélian, Ripaille, Saint-Jean-de-la-Porte, Saint-Jeoire-Prieuré —, chacune avec son propre encépagement et ses propres règles : jacquère à Apremont et aux Abymes, mondeuse noire exclusive à Arbin et à Saint-Jean-de-la-Porte, gringet exclusif à Ayze, roussanne à Chignin-Bergeron, chasselas à Crépy, Marignan, Marin et Ripaille. Roussette de Savoie, elle, ne connaît qu'un seul cépage, l'altesse, décliné en quatre lieux-dits qui existent depuis des siècles — Frangy, Marestel, Monterminod, Monthoux. Seyssel enfin, la plus ancienne des trois appellations, reconnue dès 1942 sur des vignes attestées depuis 1145, se love de part et d'autre du Rhône, entre l'Ain et la Haute-Savoie, sur des communes jumelles que le fleuve sépare mais que huit siècles de viticulture partagée réunissent.

Sources

  1. Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine protégée « Vin de Savoie » ou « Savoie »— INAO / Ministère de l'agriculture (Bulletin officiel)
  2. Source officielleFiche produit INAO — Roussette de Savoie— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
  3. Source officielleFiche produit INAO — Seyssel— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
  4. Source officiellePl@ntGrape — le catalogue des vignes cultivées en France— IFV, INRAE et Institut Agro Montpellier (UMT Géno-Vigne®)
  5. Publication scientifiqueL'histoire du « Vin des Abymes » sur les pentes reconquises du Mont Granier suite au glissement de 1248 (Savoie, France)— IXe Congrès international des terroirs vitivinicoles (IVES Open Science)
  6. Source officielleVIVC passport data — ALTESSE (variety number 354)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
  7. Source officielleVIVC passport data — JACQUERE (variety number 5604)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue
  8. Source officielleVIVC passport data — MONDEUSE NOIRE (variety number 7921)— Julius Kühn-Institut — Vitis International Variety Catalogue