Région viticole
Beaujolais
Entre Mâcon et Lyon, un vignoble de collines granitiques au nord et de plateaux argilo-calcaires au sud, presque entièrement voué à un seul cépage, le gamay N, vinifié en macération semi-carbonique. Douze appellations le structurent en trois niveaux : Beaujolais et Beaujolais-Villages à la base, dix crus au sommet — Brouilly, Côte de Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour. Rendu mondialement célèbre par le phénomène commercial du Beaujolais nouveau, le vignoble en a aussi payé le prix en image avant un redressement qualitatif engagé depuis Morgon dans les années 1980.
Contours : INAO, Délimitation parcellaire des AOC viticoles (édition de septembre 2026) · Licence Ouverte
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Villages
- Brouilly
Le cru le plus méridional du Beaujolais, sur six communes du Rhône autour du mont Brouilly, petite montagne détachée des Monts du Beaujolais et coiffée d'une chapelle. Granites à l'ouest, porphyres au sud et épandages argilo-siliceux à l'est y donnent, selon le cahier des charges, des vins souples, charnus et fins, fruités sur granite, plus colorés et de meilleure garde sur les sols schisteux du centre. L'interprofession compte environ 1200 hectares.
- Chénas
Le plus petit des dix crus du Beaujolais par la surface — environ 250 hectares selon l'interprofession —, sur les communes de Chénas (Rhône) et de La Chapelle-de-Guinchay (Saône-et-Loire), au flanc oriental de la montagne de Rémont, voisin de Moulin-à-Vent. Il ne produit que du vin rouge, essentiellement de gamay N, sur des arènes granitiques et des terrasses anciennes, entre 210 et 380 mètres d'altitude. Son nom évoquerait, selon l'interprofession, une ancienne chênaie défrichée pour la vigne.
- Chiroubles
Sur la seule commune de Chiroubles, le vignoble le plus élevé du Beaujolais selon son cahier des charges — entre 260 et 600 mètres d'altitude —, dans un cirque granitique ouvert au sud-est. Les arènes granitiques, maigres et filtrantes, et l'effet de foehn qui contrebalance l'altitude donnent des vins légers, floraux et fruités, peu tanniques, qui révèlent leur finesse après un ou deux ans.
- Côte de Brouilly
Sur les seules pentes du mont Brouilly, sur les communes de Cercié, Odenas, Quincié-en-Beaujolais et Saint-Lager, un cru enclavé à l'intérieur même de l'aire de Brouilly. Son cahier des charges le distingue par un sous-sol de porphyres, roches massives appelées localement « pierres bleues », aux sols maigres et caillouteux, qui donnent des vins fermes et fruités, marqués par une certaine minéralité.
- Fleurie
Sur la seule commune de Fleurie, un cru surnommé « la reine du Beaujolais », bâti à 90 % sur un granit rose fin, en cours d'érosion lente en sables sur les pentes du Mont de la Madone (425 mètres). Il donne des vins réputés pour leur délicatesse florale plutôt que pour leur puissance — un profil que l'interprofession elle-même met en garde de ne pas réduire à un cliché de « vin féminin ».
- Juliénas
Sur les communes d'Émeringes, Juliénas et Jullié (Rhône) et de Pruzilly (Saône-et-Loire), un cru dont le nom est traditionnellement rattaché à Jules César, dont les troupes auraient occupé la région lors de la conquête de la Gaule, au Ier siècle av. J.-C. — une légende que le site officiel du Beaujolais met lui-même en avant. Son cahier des charges en fait une zone de transition : granite rose, schistes volcano-sédimentaires verdâtres et colluvions argileuses, pour des vins nerveux et charpentés, aux bonnes capacités de conservation.
- Morgon
Sur la seule commune de Villié-Morgon, un cru dont le sous-sol mêle schistes riches en manganèse, granites et colluvions ; en se désagrégeant, les schistes donnent des sols argileux appelés localement « morgon », dont la colline du Py est l'exemple le plus connu. Les vins de ces schistes ont un caractère que les producteurs disent « morgonner » ; le cahier des charges prête au cru une aptitude particulière au vieillissement.
- Moulin-à-Vent
Un cru du Beaujolais qui tire son nom non d'une commune, mais d'un moulin à vent du XVIe siècle toujours visible sur la colline de Romanèche-Thorins, à cheval sur les communes de Chénas (Rhône) et de Romanèche-Thorins (Saône-et-Loire). Son granit rose, riche en manganèse selon Inter Beaujolais, est traditionnellement associé à une grande aptitude au vieillissement.
- Régnié
Sur les communes de Régnié-Durette et de Lantignié, entre Brouilly et Morgon, le plus récent des dix crus du Beaujolais : reconnu par décret du 20 décembre 1988, plus de quarante ans après les neuf autres. Son sous-sol, à dominante granitique (64 %, complété de 34 % de dépôts de piémont selon l'interprofession), donne des vins fruités dès leur jeunesse, souples et fins, que le cahier des charges dit aussi de bonne conservation.
- Saint-Amour
Sur la seule commune de Saint-Amour-Bellevue, en Saône-et-Loire, un cru des coteaux du mont de Bessay, limitrophe du Mâconnais bourguignon. Arènes granitiques, schistes, grès du Trias et colluvions de piémont y donnent deux styles selon le cahier des charges : des vins charnus, tendres et fruités à boire tôt, et des vins de garde plus intenses, aux parfums de kirsch et d'épices.
Régional
- Beaujolais
L'appellation de base du vignoble, ouverte aux trois couleurs sur l'ensemble de l'aire beaujolaise, granit du nord et calcaire du sud confondus. Le rouge et le rosé reposent sur le gamay N, le blanc sur le seul chardonnay B ; la mention « primeur » ou « nouveau », réservée aux rouges et rosés, en est la déclinaison la plus connue hors de France.
- Beaujolais-Villages
L'AOC « Beaujolais » complétée de la mention « Villages », restreinte à 38 communes de la moitié nord de l'aire — 30 dans le Rhône, 8 en Saône-et-Loire —, sur des sols acides issus de granites, porphyres et schistes. Le même cahier des charges que l'AOC « Beaujolais » y fixe des seuils de maturité plus élevés et des rendements plus resserrés, un cran intermédiaire entre le Beaujolais générique et les dix crus.
Entre Mâcon et Lyon, un vignoble-charnière
Le Beaujolais s'étire sur une cinquantaine de kilomètres entre Mâcon au nord et les faubourgs de Lyon au sud, adossé à l'est aux collines qui dominent la plaine de la Saône et, à l'ouest, aux premiers contreforts du Massif central. Rattaché administrativement à la Bourgogne dont il partage la préfecture viticole historique, il s'en distingue radicalement par son encépagement et son style : là où la Bourgogne cultive le pinot noir sur ses meilleurs terroirs, le Beaujolais a fait du gamay N, banni de Côte-d'Or par Philippe le Hardi en 1395, le cépage quasi exclusif de son vignoble — la fiche de ce cépage dans ce corpus détaille cet épisode fondateur, auquel ce nœud ne revient pas.
Granit au nord, calcaire au sud : deux Beaujolais en un seul nom
Le sous-sol beaujolais se divise nettement en deux. Au nord, le Haut-Beaujolais repose sur un socle cristallin primaire — granit, roches volcaniques et schistes altérés en sables et argiles siliceuses — qui porte l'essentiel du Beaujolais-Villages et la totalité des dix crus : c'est sur ce terrain acide et pauvre que le gamay donne le meilleur de lui-même. Au sud, le Bas-Beaujolais, dit pays des Pierres Dorées, change de nature géologique : un revêtement sédimentaire secondaire argilo-calcaire, hérité du Jurassique, donne son nom à une architecture locale de pierre calcaire teintée d'oxyde de fer qui prend des reflets dorés au soleil couchant. Ce socle plus fertile et moins acide produit des vins plus légers, à l'acidité plus modérée, commercialisés sous la seule appellation régionale « Beaujolais ». Aucun des dix crus ne s'y trouve : leur zone est intégralement contenue dans le Haut-Beaujolais granitique.
Le gamay et la macération semi-carbonique
Le gamay domine si largement l'encépagement rouge que le nom du cépage et celui de la région sont, dans l'esprit du grand public, presque interchangeables. Sa vinification la plus caractéristique, la macération semi-carbonique, place des grappes entières non foulées dans une cuve saturée en gaz carbonique : une fermentation intracellulaire se déclenche à l'intérieur même du grain avant tout écrasement, produisant des arômes de fruits rouges très nets et une note de banane reconnaissable, sans extraire la charge tannique qu'une vinification classique tirerait de la même peau. La macération carbonique complète, dont dérive la version semi-carbonique pratiquée en Beaujolais, a fait l'objet de premiers essais dès 1934, menés par Michel Flanzy à la station œnologique de Narbonne — une origine languedocienne, sur le carignan N, bien antérieure à son adoption en Beaujolais et à ne pas confondre avec elle, comme le rappelle déjà la fiche du carignan dans ce corpus.
Une hiérarchie à trois étages
Douze appellations organisent le vignoble en trois niveaux de prétention croissante. À la base, l'AOC « Beaujolais » couvre l'ensemble du vignoble, granit et calcaire confondus, et peut être suivie de la mention « supérieur » ou du nom d'une commune de production. Au-dessus, la même appellation complétée de la mention « Villages » restreint la zone à 38 communes du Haut-Beaujolais granitique, avec des seuils de maturité et de rendement plus resserrés. Au sommet, dix crus — Brouilly, Côte de Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour — s'affranchissent même du nom « Beaujolais » sur l'étiquette : chacun constitue sa propre appellation d'origine contrôlée, avec sa propre aire communale, sa densité de plantation minimale plus élevée (6000 pieds par hectare, contre 5000 pour l'AOC de base) et son rendement plus resserré. Cette hiérarchie matérielle, et non un simple argument marketing, sépare le Beaujolais générique des crus.
Le Beaujolais nouveau : un succès qui a coûté cher
Aucun autre vignoble français n'a bâti sa notoriété mondiale sur un aussi jeune vin. La réglementation autorisant la vente anticipée du « vin de l'année » remonte à un assouplissement du 13 novembre 1951 ; l'usage a fixé une date de sortie au 15 novembre, avant que l'INAO n'harmonise en 1985 la règle au troisième jeudi de novembre, jour jugé le plus favorable à la vente en restauration et en grande distribution. Porté à l'international par le négoce à partir des années 1970 — Georges Duboeuf en tête —, le phénomène a atteint son apogée commerciale au début des années 1990, avec environ soixante millions de bouteilles vendues chaque année dans une trentaine de pays. Ce triomphe s'est payé d'un revers durable : le nom « Beaujolais » en est venu, pour une large part du public international, à désigner un vin d'appoint bon marché plutôt qu'un vignoble de terroir, une réputation dégradée que la littérature professionnelle reconnaît sans détour.
Le redressement qualitatif, parti de Morgon
C'est de Morgon qu'est venu le sursaut. Jules Chauvet, œnologue et négociant installé à Villié-Morgon, considéré comme la figure fondatrice du mouvement des vins nature — vinification en levures indigènes, refus de la chaptalisation systématique et du sulfitage excessif —, a influencé dans les années 1980 un groupe de vignerons morgonnais devenus depuis des références internationales : Marcel Lapierre, Jean Foillard, Guy Breton et Jean-Paul Thévenet. Leur travail a contribué à démontrer, cru par cru, ce que le granit du Haut-Beaujolais et le gamay pouvaient produire de plus exigeant, loin de l'image du vin primeur. Le Beaujolais nouveau continue d'exister commercialement ; mais la reconnaissance progressive des crus, portée par cette génération et celles qui l'ont suivie, a rouvert au vignoble une réputation de terroir que le seul succès du nouveau avait longtemps éclipsée.
Sources
- Ouvrage de référenceThe Oxford Companion to Wine— Oxford University Press
- Ouvrage de référenceWine Grapes: A Complete Guide to 1,368 Vine Varieties, Including Their Origins and Flavours— Allen Lane / Ecco (HarperCollins)
- InterprofessionSite officiel des vins du Beaujolais (Inter Beaujolais)— Inter Beaujolais — interprofession des vins du Beaujolais
- PresseThe History of Beaujolais Nouveau Day— Smithsonian Magazine
- Source officielleCahier des charges des appellations d'origine contrôlées « Beaujolais » et « Beaujolais » suivie de la mention « Villages »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) / Ministère de l'agriculture
- PresseThe Enduring Legacy of Beaujolais Winemaker Marcel Lapierre— SevenFifty Daily (Tilzy LLC)