Région viticole
Languedoc-Roussillon
Premier vignoble de France en volume, un large arc méditerranéen de Nîmes à la frontière espagnole, longtemps voué au vin de masse avant une reconversion qualitative engagée depuis les années 1980. Le Languedoc assemble le grenache, la syrah, le mourvèdre, le carignan et le cinsaut sur un sol mosaïque de schistes, de calcaires et de galets roulés ; le Roussillon, plus au sud, y ajoute sa tradition propre des vins doux naturels mutés.
Contours : INAO, Délimitation parcellaire des AOC viticoles (édition de septembre 2026) · Licence Ouverte
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- Banyuls
Le vin doux naturel de la Côte Vermeille, sur quatre communes des Pyrénées-Orientales, à l'extrémité orientale des Pyrénées où la montagne plonge dans la Méditerranée. Bâti sur le grenache, muté en cours de fermentation, il se décline en cinq mentions (ambré, blanc, rosé, rimage, traditionnel) selon la couleur du raisin et le style d'élevage, oxydatif ou protégé de l'air.
- Collioure
Les vins secs de la Côte Vermeille, sur les quatre communes de Banyuls-sur-Mer, Cerbère, Collioure et Port-Vendres, là où les Pyrénées plongent dans la Méditerranée. Ce même vignoble de terrasses sur schistes, soutenues par des murets de pierre sèche, produit aussi les vins doux naturels de l'AOC Banyuls : Collioure a été créée en 1971 pour les rouges secs, afin d'éviter toute confusion avec Banyuls, puis étendue aux rosés en 1991 et aux blancs en 2003. Vendanges manuelles, rendements bas et assemblages de grenache, mourvèdre, carignan et syrah pour les rouges.
- Corbières
Dans le massif des Corbières, entre la haute vallée de l'Aude, la limite des Pyrénées-Orientales et la Méditerranée, l'appellation couvre 87 communes de l'Aude. Elle produit des rouges, des rosés et des blancs secs, toujours assemblés d'au moins deux cépages. Les rouges reposent sur le carignan N, le grenache N, le lledoner pelut N, le mourvèdre N et la syrah N ; le cahier des charges fait du carignan, adapté au climat chaud, sec et venté, un cépage qui contribue à la structure des rouges.
- Faugères
Sept communes de l'Hérault, à environ 25 km au nord de Béziers, sur les collines adossées aux derniers reliefs du Massif central. Les parcelles délimitées reposent toutes sur des schistes, entre 100 et 350 mètres d'altitude, dans un paysage de garrigues, de murets et de cabanes de pierre sèche, les « capitelles ». L'appellation, reconnue en 1982, produit surtout des rouges assemblés de syrah, de grenache, de mourvèdre et de carignan, ainsi que des rosés et quelques blancs où la roussanne est obligatoire.
- Fitou
Première appellation d'origine contrôlée de vins rouges reconnue en Languedoc-Roussillon, en 1948, sur neuf communes de l'Aude réparties en deux zones disjointes : une frange littorale autour des étangs de Leucate et une zone intérieure au pied du mont Tauch, dans les Corbières. Rouge exclusivement, elle repose sur le grenache N et le carignan N, complétés par le mourvèdre N et la syrah N.
- Maury
Un vin doux naturel de l'arrière-pays roussillonnais, sur quatre communes des Pyrénées-Orientales aux sols de schistes noirs de la vallée du Rieu Maury, à l'écart des influences maritimes. Reconnue dès 1936 pour ses vins doux naturels bâtis sur le grenache N — un cépage rendu obligatoire à 75 % minimum par un arrêté municipal de 1908 —, l'appellation couvre depuis 2011 un vin rouge sec exclusivement.
- Minervois
Un vaste amphithéâtre tourné au sud, adossé à la Montagne Noire et descendant vers l'Aude, sur 45 communes de l'Aude et 16 de l'Hérault. Le Minervois produit des rouges, des rosés et des blancs secs. Rouges et rosés ont pour cépages principaux le grenache N, le lledoner pelut N, le mourvèdre N et la syrah N, le carignan N et le cinsaut N y étant accessoires ; les blancs reposent sur le bourboulenc, le grenache blanc, le macabeu, la marsanne, la roussanne et le vermentino.
- Pic Saint-Loup
Dix-sept communes du nord-est de l'Hérault et du Gard voisin (quinze et deux), au pied du massif calcaire du Pic Saint-Loup, entre garrigue, pins d'Alep et chênes verts. Dénomination des Coteaux du Languedoc dès 1985, puis de l'AOC Languedoc, Pic Saint-Loup est une AOC à part entière depuis 2017, réservée aux rouges et aux rosés. La syrah y est obligatoire, au moins la moitié de l'encépagement pour les rouges, aux côtés des deux autres cépages principaux, le grenache et le mourvèdre, sur l'un des secteurs les plus frais et les plus arrosés du Languedoc selon son cahier des charges.
- Picpoul de Pinet
Un blanc monocépage sur six communes de l'Hérault, entre Agde, Pézenas et Sète, en bordure de l'étang de Thau. Issu exclusivement du piquepoul blanc B, il doit à l'acidité vive de ce cépage une réputation d'accord privilégié avec les huîtres et coquillages du bassin voisin.
- Saint-Chinian
Vingt communes du nord-ouest de l'Hérault, entre la Montagne Noire et la plaine de Béziers, de part et d'autre de l'Orb et de son affluent le Vernazobre. Le vignoble y repose sur deux grands ensembles de sols : des schistes, qui couvrent les deux tiers de l'aire délimitée, et des sols argilo-calcaires, de graviers ou d'alluvions. Reconnue en 1982, l'AOC produit des rouges, des rosés et des blancs ; deux dénominations géographiques complémentaires, Berlou et Roquebrun, toutes deux en secteur de schistes, sont réservées à des rouges plus longuement élevés.
Le premier vignoble de France en volume
Du delta du Rhône, près de Nîmes, jusqu'à la frontière espagnole, le Languedoc-Roussillon est le premier vignoble de France en volume. Cette échelle n'est pas un hasard : pendant l'essentiel du XIXe et du XXe siècle, la région a été la grande pourvoyeuse de vin ordinaire du pays, le « gros rouge qui tache » produit en quantité sur les plaines fertiles du littoral, dopé par l'arrivée du chemin de fer qui ouvrait Paris et le nord de la France à ses tonneaux. Cette spécialisation dans le volume a nourri des crises récurrentes de surproduction : celle de 1907, quand des centaines de milliers de manifestants du Midi, menés par Marcelin Albert, cafetier d'Argeliers, défilèrent contre la mévente et la fraude sur les vins, jusqu'à la répression sanglante de Narbonne. Le souvenir de cette révolte reste vif dans l'identité viticole régionale, bien après que la crise elle-même s'est résorbée.
L'arrachage, de Montredon à la reconversion qualitative
La surproduction n'a pas disparu avec le XXe siècle : la construction européenne l'a au contraire institutionnalisée, avec des excédents chroniques financés par les débouchés de la distillation obligatoire. Le 4 mars 1976, un affrontement entre vignerons et CRS à Montredon-des-Corbières fit deux morts, point culminant d'une contestation qui dura deux décennies. À partir de la fin des années 1970 et plus systématiquement dans les années 1980-2000, l'Europe a financé des primes d'arrachage destinées à réduire la surface plantée en cépages à haut rendement ; carignan N et aramon N, piliers de la viticulture de masse, en ont payé le prix le plus lourd, remplacés par endroits par des cépages jugés plus qualitatifs ou reconvertis en vieilles vignes à faible rendement. C'est sur ces bases, et sur l'essor d'une génération de vignerons indépendants à partir des années 1980, que s'est engagée la reconversion qualitative qui définit aujourd'hui la région.
Un climat méditerranéen sous la tramontane, une mosaïque de sols
Le climat est méditerranéen sur presque toute son étendue : étés chauds et secs, pluies concentrées sur l'automne et le printemps, ensoleillement parmi les plus élevés de France. La tramontane, vent sec et froid qui dévale des contreforts du Massif central et des Pyrénées, joue ici le rôle que joue le mistral dans la vallée du Rhône : elle assainit le vignoble en limitant la pression des maladies cryptogamiques, mais impose une conduite de la vigne basse et robuste. Le sous-sol, lui, ne se laisse résumer par aucune formule unique : les schistes dominent à l'ouest des Corbières et sur la Côte Vermeille du Roussillon, où les vignes de Banyuls et Collioure sont taillées en terrasses soutenues par des murets de pierre sèche ; les plateaux calcaires de la garrigue portent une grande partie du vignoble languedocien, du Pic Saint-Loup à la Clape ; et des terrasses de galets roulés, héritées d'anciens lits fluviaux comparables à celles de Châteauneuf-du-Pape, distinguent des terroirs particuliers comme celui de Corbières-Boutenac.
Le socle grenache-syrah-mourvèdre-carignan-cinsaut
Cinq cépages structurent l'essentiel de l'encépagement rouge régional, chacun déjà présent dans ce corpus avec sa propre fiche : le grenache N, pilier des assemblages, qui apporte degré et rondeur ; la syrah N, largement plantée hors de sa vallée d'origine rhodanienne pour son rôle de structure ; le mourvèdre N, tardif et exigeant en chaleur ; le carignan N, cépage historique de la viticulture de masse aujourd'hui réhabilité sur vieilles vignes à faible rendement, notamment par la macération carbonique, dont Michel Flanzy mena les premiers essais dès 1934 à la station œnologique de Narbonne ; et le cinsaut N, souple et fruité, surtout employé pour les rosés et les rouges légers. Corbières, Minervois et Fitou puisent dans ces cépages, chacune selon son cahier des charges : Fitou, la plus ancienne AOC rouge du Languedoc, reconnue en 1948, n'admet pas le cinsaut.
Le Roussillon et ses vins doux naturels
Au sud, le Roussillon catalan cultive une tradition distincte : celle des vins doux naturels, obtenus par mutage — l'ajout d'alcool vinique neutre en cours de fermentation, qui arrête net la transformation du sucre en alcool et préserve dans le vin une part du sucre naturel du raisin. Banyuls et Maury en sont deux appellations majeures, bâties sur le grenache N. Selon les mentions, l'élevage y est protégé de l'air ou oxydatif ; ce dernier développe, sur plusieurs années de fût ou de bonbonne exposée au soleil, la robe tuilée et les arômes de fruits secs et de noix des mentions « hors d'âge » ou « rancio ».
L'IGP Pays d'Oc et les domaines hors système d'appellation
Enfin, une part significative de la production régionale échappe volontairement au cadre de l'appellation d'origine contrôlée : l'IGP Pays d'Oc met en avant l'étiquetage par cépage — chardonnay, cabernet-sauvignon, merlot, viognier cités par leur nom —, que la plupart des AOC de la région n'utilisent pas. Ce cadre plus souple a permis, à partir des années 1980, l'émergence de domaines de qualité, indépendants de la logique du rendement de masse, qui ont contribué à changer l'image internationale du vignoble régional sans jamais revendiquer une appellation.
Sources
- Ouvrage de référenceThe Oxford Companion to Wine— Oxford University Press
- Ouvrage de référenceWine Grapes: A Complete Guide to 1,368 Vine Varieties, Including Their Origins and Flavours— Allen Lane / Ecco (HarperCollins)
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Corbières » (rouge)— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)
- InterprofessionVins du Roussillon — site officiel du Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon (CIVR)— Conseil Interprofessionnel des Vins du Roussillon (CIVR)
- InterprofessionVins du Languedoc — site officiel du Conseil interprofessionnel des vins IGP et AOC du Languedoc (CIVL)— Conseil interprofessionnel des vins IGP et AOC du Languedoc (CIVL)
- Source officielleCahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Fitou »— Institut national de l'origine et de la qualité (INAO)